Montségur

Montségur ''avant''

Montségur, à Sablières, est un hameau typique d'Ardèche d'une dizaine de maisons datant, pour la plus ancienne, des années 1600.
Les murs épais sont montés en ''pierres sèches'' avec du schiste, et les charpentes en châtaigner portaient les lauzes épaisses et lourdes.
Comme tous les hameaux, Montségur a son four à pain et plusieurs sources pourvoient ''le village'' en eau.

Le paysage était composé de grandes châtaigneraies plantées sur des faïsses, de prairies sur les hauteurs et de jardins et de pâturages autour des maisons et le long des chemins et des calades.
Poules, cochons, moutons et chèvres, ânes et mulets, et pour les plus aisés une vache, pourvoyaient à la nourriture, le confort et l'entretien des familles et des terres.
La base de la nourriture, aussi bien pour les hommes que pour les animaux, était le fruit de ''l'arbre à pain'': la châtaigne.
Fin 1800, une soixantaine de personnes vivaient à Montségur, la dernière naissance date de 1915 : un Paul Couderc.

Mais en 1920, les derniers habitants sont partis après avoir crévé les toits pour ne pas avoir à payer les taxes et le hameau est tombé en ruines.

Montségur & nous

En 1980, dans ce hameau oublié depuis longtemps, Mark et Joanna, ont acheté quelques bouts de murs : restes d'une maison.
Pour y accéder, il a fallu nous frayer un chemin à la machette et au sécateur, en suivant le tracé du chemin de chèvre entretenu par Fanny, la mule de Monsieur Louis Séveyrac, le seul habitant sur toute la colline à cette époque.
Puis, nous sommes partis à la découverte du hameau, armés toujours de sécateurs et de machettes. Des murs entièrement envahis par le lierre sur 1 à 2 mètres d'épaisseur, des sureaux et des tilleuls avaient poussé dans les maisons dont les toits étaient en grande partie effondrés.
Autour, les faïsses étaient envahies par des ronciers énormes, abris commodes pour les sangliers et la sauvagine, et des églantiers voraces.
Et nous sommes tombés amoureux de ce coin d'Ardèche encore inconnu à l'époque, sauvage et magnifique.

Quand le bulldozer nous a tracé une belle piste, les travaux ont pu démarrer.
Nous avons démoli les murs trop abîmés pour être conservés, tronçonnés les arbres qui avaient poussé dans les maisons, déblayés des tonnes de gravats, pierres, cailloux et lauzes.
La petite clède a été la première à se coiffer d'un toit et à accueillir hommes, femmes, enfants, brouettes et matériel.
Puis ça a été le tour de ce qui est maintenant la Vigne, puis de la Treille, puis de l'étage supérieur qui est devenue la maison familiale.
Nous avons redécouvert et nettoyé les sources, débroussaillé les faïsses et cultivés quelques patates, tomates, et haricots.

Louis Séveyrac

Louis Séveyrac, qui nous prenait pour des fous, mettait gentiment une maisonnette et de l'eau de sa source à notre disposition et, après avoir dégusté notre premier pain cuit dans le vieux four, nous a offert toute sa belle amitié.
Il nous faisait goûter son clinton, ''le vin qui rend fou'', ou son jaquez, allait pêcher dans l'Espinasse des truites que nous dégustions ensemble, nous emmenait cueillir des myrtilles sur la crête dès 5 heures du matin pour faire des tartes ''grosses comme des roues de charrette'' dans le four, apportait sa soupière dans un seau avec sa spécialité : une soupe onctueuse et veloutée aux haricot beurre, patates et lard qui avait mijoté sur le coin du feu pendant des heures : à tomber par terre !  des cèpes, des framboises énormes et sucrées de son jardin.
Nous avons fait des veillées comme avant, à la lueur d'une chandelle ou d'une lampe à pétrole et nous l'avons écouté nous raconter la vie des hameaux, les veillées, les châtaigniers centenaires et ''la maladie'', les châtaignes et les rôties, les vendanges et le vin, la cuisson du pain dans le four, les fenaisons dans les prairies tout en haut, et qu'on entendait chanter les pierres à aiguiser sur les faux : dzimm !... dzimm !.., le seigle pour faire de la farine et dont la paille était utilisée pour rempailler les chaises et faire les paniers et paillasses pour faire lever la pâte à pain, l'eau que les femmes et les enfants allaient chercher aux petites sources aménagées, la chasse au sanglier, la guerre, l'élevage des verres à soie qui se nourrissent exclusivement de feuilles des mûriers plantés autour des maisons, les petits moulins au bord des ruisseaux pour moudre le seigle et les châtaignes, et la construction des maisons et des faïsses, ces terrasses si typiques des paysages d'ici.
Que le pays était beau et propre et bien entretenu, que la vie était dure et que beaucoup d'hommes sont partis avec les guerres et qu'ils ont connu les villes où la vie était plus facile et où il y avait du travail, que les femmes sont parties aussi, que le village a rétréci comme peau de chagrin et que nous étions fous et inconscients de vouloir restaurer tout ça, alors que le pays avait été abandonné parce que la vie y était trop difficile.
Louis nous a quitté en 1989, mais il nous a rendu fidèles à sa terre.

 

Montségur maintenant

Pour faire les travaux, il fallait de l'argent, et quand la maison familiale a pu être habitée, la Clède, la Vigne et la Treille ont commencé à être loués comme gîtes de vacances.
Joanna rêvait : réhabiliter tout le hameau, un toit sur chaque maison.
Pour en arriver là, il fallait d'abord acquérir les autres ruines, et elle a donc enquêté pour retrouver ''les héritiers''.
C'est ainsi que Cynthia, une américaine de 42 ans est venue en vacances dans la maison de son arrière grand-mère qui avait émigré aux états-unis en 1874.

On ne compte plus les personnes qui ont participé à ce chantier depuis 1981: professionnels du bâtiment, famille, amis, gens de passage, ''vacances-travail'', chantiers de jeunes, ....
Un grand merci à tous, revenez quand vous voulez !


En 2007, Mark nous a quitté, mais Joanna qui a maintenant 81 ans continue de travailler, déblayer, nettoyer et entretenir.
Son rêve est quasiment réalisé:  il reste encore quelques bâtiments à restaurer: place à la jeune génération qui s'y attelle avec enthousiasme.

C'est avec grand plaisir que nous vous ouvrons les portes de Montségur pour une jolie et bienfaisante pause nature, vacances, découverte et bien-être.
Soyez les bienvenus.


clède : séchoir à châtaignes
faïsse : murets construits ''en pierre sèche'' qui retiennent la terre, créent des petites terrasses qui évitent l'érosion, retiennent l'eau et où étaient plantés châtaigniers, mûriers et jardins potagers.
calade : chemin aménagé en pierres ou taillé dans les rochers.
clinton et jacquez : cépages prohibés depuis les années 1930.

contact: Greet Godaert   -  Gîtes de Montségur   -   07260  Sablières   -   FRANCE   -   tel : +33 (0)6 15 90 08 18

montsegur.en.ardeche@gmail.com  

Lierre sêché sur ''le Mûrier''

Déjà arraché à hauteur d'homme (ou de femme). Pour le reste, il faudra l'échelle.